Association Nationale des Anciens Combattants

et Ami(e)s de la Résistance


Comité de Morestel & Nord Isère

Amicale des Maquisards d’Ambléon et des Résistants Actifs (A.M.A.R.A.)

Historique

Dortan village martyr

Brûlés ! Dortan, Cuisat, Pressiat, Courmangoux, brûlés Roissiat, Verjon, Cerdon, Racouze, et combien d'autres villages martyrs aux murs calcinés, fantômes dont les cheminées, comme des bras, se dressent vers le ciel : c'est ainsi que les hordes hitlériennes, inscrivirent dans l'histoire, en lettres de feu et de sang ce nom hideux : fascisme.¹

Contrairement à ce que l'on a voulu faire croire, ce n'est pas toujours la présence des troupes Résistantes qui provoqua ce déchaînement de barbarie. Les hordes de l'état-majeur allemand étaient formels : en cas de repli, la France devait être détruite. Seule la rapidité de l'avance alliée et la présence de la Résistance empêchèrent que ce plan barbare soit appliqué partout.²

Le 9 avril 1944, au cours d'opérations de police entreprises par les troupes d'occupation dans le Haut Bugey, dix personnes sont arrêtées et déportées.

Le mardi 12 juillet 1944, vers neuf heures, les allemands sont à proximité de Dortan. Les habitants qui entendent la canonnade, se réfugient dans les hauteurs et les bois environnants ; quelques uns restent, cependant, pour garder leurs biens. Bientôt, les troupes allemandes arrivent en grand nombre, foulant ostensiblement les champs de blé de la plaine de Lavancia. Leur artillerie, qui tire d'Epercy situé à 1,5km, bombarde la gare de Dortan-Lavancia.

Dès midi, un avion survole le pays à faible altitude, lance des bombes incendiaires sur les hameaux isolés et mitraille les réfugiés dans les bois.

Un général allemand et son état-majeur s'installent au château et dirigent les opérations. Le pillage systématique du pays commence. La région de Dortan est un centre de tournerie sur bois, (jouets, échecs), travaillant surtout pour l'exportation. Les allemands démontent les machines et enlèvent la totalité de l'outillage. Des camions réquisitionnés conduits par des français font de multiples voyages pour vider les usines.

Les maisons sont ensuite pillées systématiquement : Bicyclettes, postes de TSF, vêtements. L'argent et les objets de valeur sont ensuite raflés. Les femmes emportent tout ce qu'elles ont de précieux dans leurs sacs à provisions, mais ceux-ci sont enlevés par les allemands. Ils fouillent les jardins et enlèvent l'argent enterré. Ils finissent enfin par voler sur les personnes elles-mêmes : les bracelets-montres sont arrachés des poignets ; les corsages sont ouverts pour prendre les bijoux.

Pendant ce temps, au hameau de Maissiat, soixante-douze personnes, parmi lesquelles des femmes et leurs enfants, sont prises comme otages, menacées d'être fusillées si l'une d'entre elles manque à l'appel. Elles resteront dix jours parquées dans une grange. Aucun adoucissement n'est accordé, même aux malades. Un maçon qui se trouve dans ce groupe, était atteint d'une hernie ; celle-ci s'étrangle. Les allemands refusent de le laisser soigner. Il agonise toute la nuit et meurt au milieu de ses compagnons.

Dans le village, les hommes jeunes étant partis, on fusille ceux qui restent. L'Abbé Dubettier, âgé de soixante-dix ans, presque aveugle, prévenu du danger, répond textuellement : "C'est mon devoir de rester. Je suis prêt". Il est abattu devant son église. Six personnes subissent le même sort.

Trois habitants d'Oyonnax, qui s'étaient réfugiés au hameau de Vouais, sont abattus le 13 juillet. Des femmes sont menacées de mort et brutalisées. Six d'entre elles sont violées.

Dans la nuit du 20 au 21 juillet, quinze hommes sont torturés au château. Les chauffeurs requis par les allemands entendent les cris et les gémissements des victimes.

Le lendemain, les allemands transfèrent au château les habitants qui restaient encore au village, puis vers sept heures, incendient celui-ci. Le vent souffle très fort. En peu de temps, les bâtiments bourrés de bois pour l'industrie de la tournerie, ne sont plus qu'un brasier.

Lorsqu'ils reviennent, les réfugiés du bois et ceux du château ont un spectacle lamentable : il ne reste plus que des murs noircis de ce qui fut le village de Dortan. Dans les prés et les jardins piétinés gisent, épars, mille objets hétéroclites, cassés, abîmés, des vêtements déchirés, maculés, coupés afin qu'il ne soit plus possible de s'en servir.

Le bilan des crimes ennemis, à Dortan, s'établit comme suit : meurtre du curé et de six personnes, dont une femme de 67 ans et deux octogénaires ; mise à mort par d'atroces tortures de quinze prisonniers ; destruction de l'église qui datait du XIe siècle ; pillage et destruction complète par incendie du village. Seul le château est épargné.

Le 23 juillet, on procède à l'exhumation des martyrs du château. Lorsqu'il faut identifier les corps, une personne connaissant treize des victimes ne pourra deux jours plus tard en identifier qu'une seule tant les visages et les corps sont mutilés.

La commune de Dortan est située dans le Haut Bugey au nord du département de l'Ain, à la frontière avec le département du Jura.

Sources ¹ - ² : La Résistance dans l'Ain - ANACR de l'Ain

Sources  Dortan village martyr: © Mémorial de l’oppression - Archives ANACR Morestel

Sources photo : Vue de Dortan - © Mémorial de l’Oppression


Dernière mise à jour le 31 août 2017-09:47:46

Mentions légales - © ANACR Morestel 2010 - 2017

Partager sur Facebook
Partager sur Twitter
Partager par e-mail
Accueil Qui sommes-nous Le Mot de la Présidente Nous rejoindre Contact Communiqués ANACR Exposition Liens utiles Lieux de Mémoire Bibliographie Historique Biographies Photothèque Accès Forum
Retour Diapo