Association Nationale des Anciens Combattants

et Ami(e)s de la Résistance


Comité de Morestel & Nord Isère

Amicale des Maquisards d’Ambléon et des Résistants Actifs (A.M.A.R.A.)

Biographies


Né le 29 août 1919 à la Rochette en Savoie, d’un père fils de paysan et d’une mère qui sera bonne à tout faire dès 12 ans à Paris. Ils se marient à la fin de la première guerre mondiale et deviennent gérants d’une épicerie à la Rochette. Boursier, Pierre fait ses classes au Lycée Champollion(1931-1938), y fait un petit journal « le petit Humanal » (c’est la période juste avant le Front populaire) participe à ses premiers meetings et déjà rebelle et bagarreur participe à la riposte des opposants antifascistes, le 10 juin 1934  à la venue d’Philippe Henriot pour une réunion organisée par les croix de feu. Après le bac, pour gagner sa vie il est pion à l’école Vaucanson, se fait virer pour avoir créé le premier syndicat CGT des maîtres d’internat, devient pion à Champollion (1939) tout en suivant ses études de médecine.

Membre des JC, responsable parmi les étudiants et les jeunes des collectes pour le Frente Popular, à 16 ans il décide de rejoindre la colonne anarchiste Durruti en Espagne mis il est refoulé parce que trop jeune mais aussi parce que les responsables du PC ne voient pas d’un œil favorable cet engagement dans la branche anarchiste.

Mobilisé à 20 ans, comme élève officier de réserve d’artillerie, un mois avant la fin de la drôle de guerre, il s'évade du train qui l'emmène, prisonnier, finir la guerre dans un stalag allemand.

Fin 40, de retour à Grenoble, il reprend sa place, comme étudiant en médecine et  pion au Lycée Champollion, alors que beaucoup de français crient "vive Pétain" et que certains s'enfoncent dans une ignoble collaboration avec l'ennemi, lui, l'étudiant communiste déjà engagé jusqu'au cou dans la lutte anti fasciste et clandestine, réunit des camarades, distribue des tracts, manifeste contre le régime pétainiste, répand des idées subversives.

Bref, il est ce qu'on appelle aujourd'hui comme hier un agitateur, ce qui lui vaut d'être  arrêté le 24 mai 41 pour propagande communiste, par la police de Vichy, incarcéré à la prison  St Joseph, puis emprisonné le 25 juin 1941 à Fort Barraux où il va rencontrer des militants avertis, en fait tous les militants isérois,  du Parti Communiste et des syndicats particulièrement de la CGT, premiers emprisonnés par Pétain et sa clique.

Pierre profite d'une permission exceptionnelle accordée pour la naissance de son fils Michel le 12 mai1942 pour prendre le large.

Après quelques mois de clandestinité, exclu de l’Université, il devient veilleur de nuit au garage des messageries de Presse d'où partaient les fourgons livrant "le petit Dauphinois", il continue à travailler sa médecine car il s’est débrouillé pour être réintégré à Lyon. Il est contacté par un officier de la Résistance qui souhaite utiliser les camionnettes pour transporter le courrier de son réseau.

Pierre entre en Résistance, il intègre le réseau de renseignement Coty dont l'activité est d'espionner les forces ennemies et de transmettre ces précieuses informations à Londres, au quartier général de de Gaulle. D'abord responsable des liaisons sud-est puis membre de la direction nationale, il deviendra en 1944 l'adjoint du chef national, le réseau étant basé à Grenoble. Il a retracé, il y a quelques années, l'action capitale de son réseau dans un livre "Ici l'ombre", un rare témoignage sur ces réseaux de renseignements mal connus.

A la libération, il est nommé à la Liquidation du Réseau, puis se fait démobiliser et refuse bien sur de partir en Indochine. De retour à Grenoble, il va s’employer à achever ses études de médecine, il s'installe à Voreppe et aurait pu tranquillement tirer un trait sur son passé de Résistant et se contenter de voir grandir ses enfants. (Michel qui deviendra le chanteur bien connu et Claude sa fille médecin phoniatre renommée) Il va cependant pour : « sauver les meubles », l’esprit de la Résistance, assurer une continuité, veiller à ce que les collaborateurs soient sanctionnés, être solidaires avec les résistants qui commencent à réclamer leurs droits, s’occuper des déportés alors de retour et abandonnés par tout le monde, (autorités et population) participer à la création d’une des premières organisations d’anciens de la Résistance l’AMR (association des militants de la Résistance). En 1945 Pierre Fugain part seul en Italie, (juste accompagné par 2 anciens du réseau Reims Coty), arrêter Guy Eclache, collaborateur notoire et responsable des pires exactions avec la milice. Ramené par Pierre à Grenoble, Eclache sera jugé dans les règles, condamné à la peine capitale et exécuté le 20 octobre 1945.

Dans les années 50 il adhérera au PCF mais ses idées très personnelles plutôt anarchistes,  « j’étais plus révolutionnaire que communiste, chaque fois que j’en avais l’occasion, je refaisais le monde partout où il était à refaire. Sans le calculer, sans le vouloir, j’ai toujours été pris dans des sortes d’organisations anormales, parallèles, scissionnistes » vont entraîner sa presque exclusion, il n’est plus fréquentable !

Pierre Fugain, inlassablement, va poursuivre le combat des mêmes contre les mêmes. Pour lui dénoncer le colonialisme allait de pair avec la dénonciation du racisme, du fascisme et de tout ce qui était anti démocratique.  Il s’engage contre la guerre d’Indochine, se bat pour la libération d’Henri Martin.  Avec la guerre d’Algérie il continue de défendre les mêmes positions. Solidaire des résistants du FLN parce qu’ancien résistant français, ancien et continuel antifasciste, anticolonialiste, antiraciste français. Il connait des algériens car il les soigne et partage leurs idées alors il va, à la demande de Mohamed Abdelkader, soigner les blessés, héberger et planquer tous ceux recherchés ou menacés par la police et l’état français l. Plus tard, on le retrouvera aussi aux cotés des Sahraouis, médecin français des Touaregs, de tous ceux, trop nombreux à citer,  qui luttent pour leur dignité, pour un monde où les droits de l'homme soient enfin respectés.

En temps que médecin, avec quelques autres pionniers, il participera à l'amélioration de la vie des femmes (contraception, avortement, planning familial)

Quand l’AMR est dissoute peu après guerre d’autres associations se créent et il participe à la création de l’ANACR qui regroupe les anciens du Front National de lutte pour l’indépendance de la France et des FTPF la Résistance.

Lorsqu'il prend sa retraite de médecin, il ne saura pas regarder pousser ses roses et dans l'ANACR, il témoigne auprès des jeunes générations et des moins jeunes, qui n'ont pas connu la guerre, de la Résistance afin d'expliquer les motivations des résistants plus que les faits d'armes, pour comme l'a écrit Jack Lang dans la postface d' "Ici l'ombre" "mettre en pleine lumière un autre combat contre un ennemi particulièrement dangereux : l'oubli."

Militant anti fasciste viscéral depuis toujours, il appelle à la vigilance contre les extrêmes droite et les résurgences du fascisme, saura mobiliser l'ANACR de l'Isère contre le Pen et ses idées nauséabondes, et il sera en tête de tous les cortèges, devant les milliers de Grenoblois, particulièrement des jeunes jusqu'à celui mémorable contre le Pen au 2ème tour des présidentielles.

Parlant de la Résistance il disait, citant de Gaulle « c’était une révolution et probablement la plus importante ». Il ajoutait que : cette révolution n’a pas été faite uniquement contre les Allemands mais aussi contre les façons de penser, de se soumettre. La révolution s’était contre le pétainisme, le fascisme, la soumission. Mais après la guerre, les fascistes, les pétainistes ont continué à exister et existent toujours. »

Élu Co-président du Comité Départemental de l’Isère de l'Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance. en 1967, il sera élu Président Délégué en 1969 et le restera jusqu'au Congrès d'Echirolles en avril 2006 où sur sa demande, pour raisons de santé. Il était depuis le président honoraire de l’ANACR.

Pierre Fugain était, en autre décoré, de la Médaille de la Résistance avec rosette (distinction rare, il restait le seul vivant à avoir cette distinction en Isère) et depuis juillet 99 était commandeur de la Légion d'honneur. (Là encore très rare en Isère)

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Sources : ANACR Isère

Photo: © ANACR Morestel


Dernière mise à jour le 31 août 2017-09:47:46

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