Association Nationale des Anciens Combattants

et Ami(e)s de la Résistance


Comité de Morestel & Nord Isère

Amicale des Maquisards d’Ambléon et des Résistants Actifs (A.M.A.R.A.)

Biographies

Denise Meunier est née en 1918 à Paris (1er) d’un père sommelier et d’une mère caissière. En 1926, ils s’installent à Rouen. Elle est issue d'une famille qu'on pourrait appeler de petite-bourgeoise comme elle aime à le dire. Ses parents n'étaient pas engagés politiquement. Sa mère, grande lectrice qui rêvait d’ouvrir une librairie de beaux livres, lui apprend à lire. La bibliothèque familiale lui ouvre notamment les portes de la « Bibliothèque verte » - sous contrôle strict maternel. Son appétit littéraire et artistique en fait vite « une première permanente» de ses classes. Par la gratuité de « l’École Normale » qui séduit aussi ses parents, après l’École primaire supérieure, elle entre à l’École Normale d’Institutrices de Rouen en 1935, 1ère du concours d’entrée. Denise a 17 ans.

Denise avait deux profs, femmes, d’histoire et de Français, communistes, ou « communisantes », qui l’avaient marquée, à la fois par leurs idées de justice sociale et de fraternité qui rencontraient son idéalisme, et par l’importance qu’elles accordaient à l’art et la littérature

Denise fait bientôt partie d’un « Groupe » informel d’amies normaliennes traversé par l’antifascisme, la justice sociale, les idéaux républicains. « Nous étions nourries des idées de la révolution française. « Nous nous réunissions après le repas, le soir, pour discuter. La proximité de notre groupe avec notre prof d’histoire fut assez forte pour qu’elle nous parle de son retrait du Parti Communiste au moment des « Procès de Moscou » (1936 à 1938, NDLR). La découverte de ces réunions donne lieu à une fouille dans les pupitres.  Sa Directrice «… qui était une Lorraine de droite, mais patriote ...» y découvre le bulletin « l’École Libératrice » du Syndicat National des Instituteurs aux positions de gauche et antifascistes fortes, alors interdit d'accès en ces lieux (comme tous journaux NDLR), et envoie un rapport au ministre de l'Éducation Nationale du gouvernement de Front Populaire, Jean ZAY. Elles sont passibles de renvoi.

Sa première manifestation, à l'insu des ses parents, fut le 14 juillet 1937 à Rouen, c'était le triomphe du Front Populaire.

Denise approfondissait ses convictions antifascistes en lisant tout sur la guerre d'Espagne.

En juin 1940, l’armée Allemande entre en France par les Ardennes. C’est l’exode. En septembre de la même année Denise est nommée à Dieppe. Le drapeau à croix gammée flotte sur les établissements publics, les pancartes sont en langue étrangère, des policiers ou des soldats réclament en allemand des papiers dans la rue. 

Elle a 22 ans. Un samedi d’octobre 1940, alors qu’elle arrive à la gare de Dieppe pour son train vers Rouen, deux collègues institutrices qu’elle connaissait, l’une ancienne de l’EN et l’autre de l’école Legouy lui présentent Valentin Feldman, professeur de philosophie à Dieppe, né en Russie en 1909 dans une famille juive laïque, il arrive en France avec sa mère en 1922

Denise intègre simultanément les deux organisations politiques, Front National et PCF. En Juin 1941, par les décrets antisémites, V. Feldman est chassé de l’enseignement public à Dieppe, il enseigne ensuite dans le privé, à Luneray. A la rentrée scolaire de septembre 1941, on envoie à Denise, Marie-Thérèse Fainstein qu'elle connaissait depuis l'École Normale pour l'héberger avec son imprimerie, composée d'une machine à écrire et d'une ronéo manuelle. Marie-Thérèse y imprime « l’Avenir Normand », périodique du Parti Communiste clandestin de Dieppe et les tracts du Front National. V. Feldman écrit les textes avec M-T Fainstein, il fournit stencils et textes en journée, pendant que Denise est en classe. M-T Fainstein couvre la Ronéo d’une couverture pour le bruit, les deux vieilles filles propriétaires du logement, qui habitent le rez-de-chaussée se montrant plutôt curieuses. Denise place aussi auprès de collègues et d’ami(e)s de confiance des Bons de souscription du Front National pour l’aide aux militants incarcérés ou le financement de la propagande.

A la mi-décembre, Marie-Thérèse Fainstein lui fait savoir qu'elle est recherchée par la police et qu'elle doit chercher une autre planque. Elle emmène la machine à écrire, et Denise cache momentanément la Ronéo dans le logement d’une collègue malade retournée dans sa famille.

La police de Vichy avait repéré le passage de M-T Fainstein chez Denise et très vite, les ennuis ont commencé. Elle subit perquisitions et interrogatoires : revenue à Rouen dans sa famille pour le nouvel an 1942, deux inspecteurs font irruption. Un inspecteur fait du zèle au rez-de-chaussée en mettant tout en l'air, épluchant le courrier familial. L’autre, dans la chambre de l’étage, en la présence de Denise, n’a pas vraiment fouillé, elle avait imprudemment dissimulé des documents sous son matelas, elle s'empressa de le soulever, en faisant tout pour que les documents restent invisibles. Il n’a pas cherché plus loin .Il a ouvert la bibliothèque, a feuilleté un ou deux livres, sans conviction. Pour Denise, il a fait semblant. Il ne voulait tout simplement pas la livrer aux allemands

De retour à Dieppe en janvier 1942, elle est suivie de loin depuis la gare, et sa gardienne la prévient qu’elle est attendue (policiers dans l’escalier les nuits précédentes). Elle en conclut qu’une souricière est tendue. Nouvelle perquisition immédiate par deux inspecteurs, une cache de documents se montre efficace, le double fonds d’un fauteuil, mais elle passe devant un juge. 

De retour dans son logement, Denise réalise que l’instit malade chez qui elle a caché la Ronéo et qui l’ignore lui écrit régulièrement pour le suivi de ses affaires personnelles et qu’elle a ses clefs. Deux jours plus tard, une camarade Résistante, Denise Parise, vient la voir, par elle, Denise fait enlever en urgence la Ronéo.                                    

En Février 1942, retirée de l’action par sécurité, elle apprend néanmoins que M-T Fainstein a été arrêtée peu après avoir quitté son appartement. Et quelques jours plus tard, sur le chemin de son école, elle la croise entourée de 2 gendarmes.

Le 19 Août 1942, elle a vécu de près, depuis son abri proche de la plage, le débarquement Anglo-canadien de Dieppe (Opération Jubilée NDLR), Dieppe est très atteinte par les bombardements anglais du port de 40/41 et les combats de « Jubilée ». La classe de Denise à Dieppe est transférée à Neuville-Ferrières, à 30 km dans la campagne, les logements des enfants et enseignants étant chez les fermiers et elle apprécie, avec les enfants, de pouvoir manger à sa faim, notamment certain petit fromage de Neufchatel en Bray. 

Son fermier logeur de Neuville-Ferrières écoute Radio-Londres et elle y entend un appel à commémorer le 14 Juillet 1943, célébration interdite par Vichy. Il confectionne une gerbe et, malgré les risques, elle la dépose le soir au monument aux morts de Neuville-Ferrières près de l’église. « …ce n’était pas très malin de ma part, vu ce qui venait de m’arriver avec la police. Car les autorités étaient au courant de cet appel, et là où il y a eu des dépôts de gerbes, elles ont disparu assez rapidement. Il y avait une messe le lendemain et certains ont bien du la voir ! …» . Le surlendemain, sa gerbe avait disparu.

Denise a 25 ans. A Neuville-Ferrières, un envoyé de l’état-major FTP de Rouen lui demande de devenir agent de liaison avec eux.  Les agents de liaison à temps complet, ce n’était pas dans les moyens des FTP. Des occasionnels avec temps libre, des jeunes filles qui passaient plus facilement les barrages, c’était mieux. Le vélo, c’était l’arme des femmes. Et son pseudo, c’était Michel(e) qui ne disait pas si c’était homme ou femme.

Elle est chargée d’accompagner un groupe FTP en décembre 1943, 8 résistants qu'elle ne connaissait pas, sauf un, son contact. De la gare de Neufchâtel-en-Bray, ville où était prévue une action militaire qui n’a pas eu lieu, le site était trop surveillé, vers Rouen par train en transportant leur mallette d’armes, 2 révolvers, et leurs vêtements de rechange, pour un rendez-vous en gare de Rouen. Un contrôle exceptionnel avec fouille par feldgendarmes et police française est en place en gare de Rouen, auquel elle ne peut échapper. Une première ruse pour nier l’évidence ne fait pas long feu. Elle est emmenée le soir au Commissariat Central de Rouen, cinq autres camarades seront arrêtés suite à plusieurs autres imprudences.  Placée dans un bureau avec Paulette Michaut, elle a le temps de construire avec elle une fable de circonstances. Mais arrive immédiatement le sinistrement connu Alie, chef régional de la « Brigade spéciale Anti-terroriste » « le Touvier normand», qui les sépare immédiatement et les interroge.

Déférée devant un juge, elle est internée à la prison Bonne Nouvelle de Rouen « le donjon » pendant 4 mois dans la même cellule que Paulette Michaut, institutrice, et Berthe Ravaud, ouvrière du textile, toutes FTP tombées dans la nasse de la gare, ou rapidement après. «…Au début, on a voulu nous séparer. On nous considérait, sinon comme des terroristes, au moins comme des complices. Quand j’ai dit qu’on venait de passer une semaine entière entre le Commissariat et le Palais de Justice, et que, si on avait des choses à se dire, on se les était dites, ils en ont convenu …Peut-être bien que ça les arrangeait aussi de ne surveiller qu’une seule cellule …

 « Au début de notre incarcération, à l’occasion d’un parloir avec ma mère, je l’ai prévenue que j’allais lui faire parvenir une chaussure soi-disant à raccommoder, les prisonniers pouvaient envoyer du linge à nettoyer ou réparer à leur famille, contenant un papier dans la semelle.  J’avais entendu Alie, derrière une porte, dans le Commissariat de notre arrestation,  se vanter d’arrestations de gens que nous connaissions, et surtout de sa méthode d’utiliser de faux résistants pour obtenir des renseignements. Et il parlait de le faire avec un certain percepteur de Rouen, dont je savais qu’il était des nôtres. Le message était de le faire prévenir, ce qui a été fait ».

Denise est à nouveau interrogée par Alie à la prison, « nos deux mères, à Paulette et moi, avaient obtenu un rendez-vous avec Alie où de fait, elles avaient confirmé et appuyé notre version d’innocentes écervelées manipulées » puis Denise et Paulette sont transportées au siège de la Gestapo pour un nouvel interrogatoire.

Mais un bombardement aérien anglais, ciblé sur la Gestapo, bien renseigné par la Résistance, dit-elle, détruit de façon bienvenue cet antre nazi situé près de la gare de Rouen, avec son contenu de relevés d’interrogatoires. Paulette Michaut et elle sont libérées sans jugement fin mars 1944. Berthe Ravaud, fichée depuis sa solidarité avec les réfugiés Espagnols sera déportée et mourra à Ravensbrück.

Denise a 26 ans. Elle retrouve immédiatement un poste d’institutrice à Quincampoix, fin mars 1944. Après le débarquement de Normandie du 6 juin 1944, malgré les risques accrus, elle reprend du service résistant, cette fois dans la clandestinité complète. Elle met son inspecteur d’Académie devant le fait accompli en le rencontrant avec Paulette Michaut, elles lui annoncent leur « disparition momentanée de leur poste d’institutrice ». L’inspecteur n’a pas pipé mot.  Une imprimerie est cachée à Duclair, lieudit « la Fontaine » chez le « Père Beck », fermier d’origine alsacienne. Elle y édite les tracts et journaux clandestins des FUJP (Forces Unies de la Jeunesse Patriotique), des Jeunesses Communistes et l’Avenir Normand, jusqu’à la Libération de Rouen en Août 1944. Munie de faux papiers, elle s'appelle Françoise Vaillant, née en Bretagne dans un endroit incontrôlable. Son « triangle de sécurité » est alors composé d’elle-même, de Roland Leroy cheminot, futur directeur de l’Humanité et de Fernand Morel « Pépin », ouvrier agricole puis menuisier, employé de la toute neuve Sécurité Sociale à Rouen après la Libération, décédé en 1982. Elle épousera ce dernier le 18 Août 1945 et en aura 4 enfants.

Le jour de la Libération de Rouen, Fernand, son futur mari, est venu la chercher à vélo à Duclair. « Ce jour là des soldats allemands avaient traversé la Seine à la nage en abandonnant leurs fusils sur la berge, que nous ramassons, et nous voilà tous deux à vélo pour Rouen, fusils en bandoulière ! ». En ce lendemain d’occupation des bâtiments publics par la Résistance, ils se retrouvent occupants-campeurs, entre jeunes des Jeunesses Patriotiques, de l’immeuble de l’état-major des chemins de fer Allemands, Bd de l’Yser, libéré par son grand groupe FTP, dont Roland Leroy, Pierre Toutain, Bernard Lawday, Georges Touroude, Germaine Gervais, Jeanne Malenfant, les jours précédents en faisant des prisonniers Allemands. « L’épuration ? On ressort souvent la honte des femmes tondues, mais aucune organisation de résistance n’avait jamais poussé à ça, au contraire, nous clamions notre réprobation… J’avais été libérée de prison mais en restant suspecte, et j’ai été convoquée par la Police pour m’expliquer. Oui, oui, après la libération !».

Elle devient simultanément responsable départementale de l’UJFP (Union des Jeunes Filles Patriotes) et membre de la direction départementale des FUJP (Forces Unies de la Jeunesse Patriotique), elle prend cette fois un congé régulier de convenance personnelle d’un an pour exercer ses responsabilités. En même temps, elle devient journaliste du journal régional du PCF, l’Avenir Normand.  

De retour à l’Éducation Nationale à l’automne 1945, elle est détachée à la réorganisation de l’Enseignement Technique, départemental puis régional, qui avait été instrumentalisé au service de l’idéologie du régime de Vichy. En 1948, elle reprend son métier d’institutrice. Elle a 30 ans.

De postes en postes, le long de la vallée de la Seine, elle assure aussi des secrétariats de Mairie, le Mesnil sous Jumièges 1948-53. Quevillon 1953-57 « au secrétariat, avant moi, c’était un homme, et la confiance était limitée au début, mais il parait qu’ils m’ont regrettée ! » Nommée à Canteleu, 1957-62, à l’école G. Flaubert, elle revient au militantisme en acceptant de figurer dernière sur une liste présentée par le PCF au Municipales. Liste non élue, mais c’est elle qui obtient le plus grand nombre de suffrages sur la liste, ce qui fera grogner nombre de colistiers masculins !  

En 1962, déménagement familial à Grenoble, après celui d’une famille d’amis très proches dont le père métallo était un ancien Déporté et la mère institutrice.

En Isère, après sa retraite en 1974, puis l’insertion professionnelle de ses enfants, elle investit les valeurs de son combat dans l’Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance (ANACR) et en 2010 est élue Présidente départementale. Très concernée par la transmission de la mémoire de la Résistance aux jeunes scolaires, Denise témoigne sans cesse depuis de nombreuses années dans les collèges et lycées. Elle participe aussi à de nombreuses initiatives, rencontres et débats organisées par l’ANACR ainsi que par les communes iséroises.

Denise Meunier vient d’être promue par le Président de la République, Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur. La Nation rend enfin hommage à ses engagements, de son plus jeune âge à aujourd’hui, particulièrement à ses actes de Résistance, et à ses innombrables combats humanistes.

Photo : © ANACR Morestel

Mis en ligne avec l'aimable autorisation de Denise Meunier

Dernière mise à jour le 31 août 2017-09:47:46

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