Association Nationale des Anciens Combattants

et Ami(e)s de la Résistance


Comité de Morestel & Nord Isère

Amicale des Maquisards d’Ambléon et des Résistants Actifs (A.M.A.R.A.)

Historique

La tragédie du 1er Août 1944 à Montalieu-Vercieu

Cette journée étant à peine entamée, l'initiative est prise d'aller établir une embuscade sur la nationale 75, "La Dangereuse", lieu dit qui se situe à trois kilomètres au nord de Montalieu en direction de Bourg-en-Bresse, est choisie comme point stratégique. Une quarantaine de maquisards prennent position au sommet du dernier "S". A cet endroit, la route est surplombée à droite et à gauche par deux petites buttes rocailleuses d'une dizaine de mètres. C'est le calme plat. Un jeune civil, d'une vingtaine d'années, vient les prévenir qu'à Montalieu, il y a un car de G.M.R. Les chefs le reçoivent plutôt vertement mais bien vite, l'ordre est donné d'aller les désarmer et prendre leur car.

Le chef, responsable de l'embuscade, part avec le 1er Groupe de la 4ème Section, deux chauffeurs, un agent de liaison et un camion plus le chef du 3ème Groupe qui connaît bien la ville .Ils entrent dans la localité quelques poignées de minutes et aperçoivent le car en question. Celui-ci est vide, un engin marchant au gazobois en très bon état. La clé de contact est enlevée et certains partent à la recherche des G.M.R. Le moral est gonflé à bloc par le coup du matin (opération de harcèlement contre l’ennemi à Ruy), la mort est bien loin de leurs pensées, une euphorie s'installe, remontée par la rencontre avec la population locale. Les gamins essaient les casques, les adultes examinent les armes des maquisards, leur apportent à boire. Tous leur demandent leurs conditions de vie au maquis, les interrogent sur leurs situations civiles, leurs espérances. Les Maquisards répondent de bonne grâce… Un quart d'heure passe et le chef de la 4ème Section, accompagné de son guide, revient avec un G.M.R. qui leur raconte que lui et ses collègues ont déjà été désarmés à Pont-de-Chéruy. Le chauffeur venu spécialement pour cette opération, s'occupe à faire démarrer le car.

Les effectifs sont rassemblés au grand complet prêts à rejoindre « La Dangereuse » quand soudain, un convoi de plusieurs véhicules d'allemands et de mongols qui viennent d'opérer dans le Vercors, traverse le bourg. Les nazis les aperçoivent mais avant qu'ils ne les mettent en joue, un coup de feu est tiré des rangs de la Résistance, un allemand tombe sur la voie. L'arme automatique s'enraye. Tout l'effectif part à la rescousse et tous prennent leurs positions de combats entre dix et cinquante mètres des allemands. D'autres camions ennemis arrivent d'où descend une nuée de soldats allemands. Devant cette situation, les Résistants cèdent du terrain et pour ne pas être pris en enfilade, foncent dans un pâté de maisons. Certains se réfugient dans les maisons. Deux d'entre eux quittent ce lieu en se rendant dans une ruelle pour tenter de se dégager mais celle-ci est gardée par un allemand. Ils gagnent un grenier et attendent, cinq camarades les rejoignent. La sueur perle sur tous les visages. Ils sont entourés de toute part: l'ennemi hurle et tiraille. Des coups violents sont portés contre la cloison de la pièce où ils se trouvent. Sans se consulter, pensant être découverts par les allemands, c'est une débandade générale qui s'opère, les maquisards filent de tous côtés. Deux se réfugient sur les toits. Un des maquisards glisse et perd son fusil. Son moral est atteint. L'autre tire sur l'ennemi qui ne tarde pas à le repérer. Les environs retentissent des hurlements, des bruits de bottes, des coups de feu multiples. Deux maquisards les rejoignent mais leur position devient instable et préfèrent sauter dans une cour bétonnée se trouvant à l'intérieur du pâté de maison non sans égratignures. Un des leurs préfère rester sur le toit. Ils prennent abri dans une autre bâtisse. La maîtresse de maison leur conseille de regagner le grenier. Arrivés là dans un silence complet, ils essaient de se camoufler mais sans aucune cachette, ils sont bien décidés à mourir en maquisards. Par la fenêtre de leur "prison", ils aperçoivent des camions. Les allemands commencent à fouiller leur maison refuge étant certains que leur dernière seconde ne tardera pas à sonner. Les allemands passent devant leur porte, le bâtiment est plein de bruits de toutes sortes : jurons, bois qui craque, chaises et meubles renversés etc. Dehors, la fusillade continue avec autant d'intensité.

Dans une accalmie, la maîtresse de maison vient donner aux maquisards, un aperçu de la situation. Les premiers allemands, après avoir fouillé et volé se sont retirés. Les camarades se réconfortent comme ils le peuvent, le chef de Section ne tient plus en place, se déchausse et marche sans arrêt, bien que son côté gauche le fait souffrir terriblement, il se comporte en chef et est inquiet de ses hommes restés à La Dangereuse. Se réconfortant en pensant qu'un lieutenant est avec eux. Les camarades qui sont en position sur "La Dangereuse" lorsqu'ils entendent le crépitement des armes automatiques et les explosions des grenades, comprennent la situation dans laquelle leurs copains se débattent, leur porter secours aurait affaibli leurs positions et il ne faut surtout pas alourdir le sort de la population.

La fusillade crépite toujours avec autant de violence. Certains ne savent pas ce qu'est devenu le reste de leur équipe venue opérer dans la ville. L'ennemi est toujours en ville. Les minutes et secondes s'égrainent et paraissent bien longues. Réduits au silence dans leur cage sans pouvoir se battre ! Quel supplice… Les habitants de la maison qui les hébergent, viennent leur annoncer que la route est libre. Bien qu'ayant entendu les camions partir, la rue s'emplie de paroles françaises, de bruits de portes et volets.

Pendant ce temps, à « La Dangereuse », en entendant les tirs de plus en plus espacés, les maquisards se préparent à les recevoir, lorsque du haut de la butte rocailleuse côté Rhône, Ils sont pris sous un feu d'armes automatiques, l'ennemi est au-dessus d'eux. La surprise est immense, ils ne s'attendent pas à la voir surgir de cette part, car pour atteindre cette éminence, il faut connaître parfaitement les lieux, ce ne pouvait pas être les allemands, car un avant-poste avait été placé en amont de leurs positions, en toute logique, il était à même de prévenir les maquisards de la présence de ceux-ci. Il n'est pas exclu que l'ennemi se trouvait dans le camp, en occurrence des Waffen SS infiltrés. Ceux-ci seront d'ailleurs démasqués quelques jours plus tard. Un Résistant crie à l'adresse d'un des siens, de ne pas prendre l'issue qu'il empruntait, il va tout droit se placer dans leur champ de tir, sa voix est hélas dominée par les crépitements des armes qui les arrosent. Il est tué dans le même périmètre qu'un autre compagnon. L'effectif décroche tout en arrosant leur position, et rejoignent leurs véhicules qui se trouvent camouflés en sous bois. Cette journée qui commença dans une euphorique griserie, s'achève dans le plus sombre des cauchemars.

Pour la Résistance, c'est le deuil. Des renseignements sur les disparus leur parviennent, les rescapés rentrent au camp au cours de la nuit et de la journée du lendemain, harassés, plusieurs sont légèrement blessés.

Le bilan de l'accrochage de Montalieu peut s'établir ainsi :

Ceci se passait le 1er août 1944. Deux stèles et une plaque commémorative ont été érigées à la mémoire des victimes.

Sources : © Archives A.M.A.R.A. - Témoignages d’Achille C. et Marcel M., Résistants de la 4ème Section du Maquis d’Ambléon.  

Photo    : © Archives A.M.A.R.A. - Les rescapés de Montalieu

Dernière mise à jour le 31 août 2017-09:47:46

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